Suênia Medeiros, étudiante
Si moi, dans ma maison, j’ai peur de la pluie, imaginez donc ceux qui vivent dans des cabanes faites en planches !
Se eu na minha casa tenho medo da chuva, imagina quem mora num barraco de tábuas!
installation gare rer luxembourg du 23 septembre au 31 décembre 2005
Si moi, dans ma maison, j’ai peur de la pluie, imaginez donc ceux qui vivent dans des cabanes faites en planches !
Une maison de favela, je ne peux pas dire que c’est une oeuvre architecturale. Mais ce que les gens ont pu faire de mieux pour vivre; c’est un toit.
Ceux qui disent qu’il faut en finir avec les favelas habitent dans de riches quartiers près de la plage. Mais c’est vrai que le paysage serait plus appréciable s’il n’y avait à la place que des arbres colorés et fleuris. Mais alors, où iraient vivre ceux qui y sont ?
Pendent les 30 dernières années, la rivalité entre les differents gangs des trafiquants de drogue et la police ont fait des favelas des endroits dangereux. Surtout pour ceux qui y habitent et risquent tous les jours de mourir sous des balles perdues. Le nombre de morts atteint ainsi des taux alarmants. Cette opposition entre la police et les trafiquants a réduit la vivacité de la vie communautaire.
Ici dans la favela, nous vivons en permanence dans une ambiance de violence, très différente de la violence qui règne dans les quartiers riches.
Si tu ne connais personne ici, tu ne sais pas si tu peux monter sur la colline ou non.
Dans l’argot de Rio, on appelle “chat” une connexion illégale avec les réseaux d’eau ou d’électricité. À bien y penser le “chat” pourrait être considéré comme l’emblème de la relation entre le formel et l’informel : il n’est pas seulement motivé par la nécessité économique, mais aussi par le manque d’infrastructure organisée par les services municipaux. Le “chat” est, en conséquence, toujours à la limite de ce qui est établi et de ce qui est en construction, entre ce qui est prévu et visible, et ce qui ne l’est plus ou pas encore.
Faire des photos dans une favela, c’est toujours imposer un double regard. Il est impossible de s’arrêter sur une image sans dénoncer quelque chose.
Pour avoir une jolie maison, on n’a pas besoin d’avoir des choses comme ça : cristal, argenterie...
L’inégalité sociale est une bête sauvage incapable de rester confinée dans une favela. Elle circule dans les rues du monde, aussi bien à Copacabana qu’à Paris.
Les favelas sont définies par ce qui est supposé leur manquer : carence des services urbains, des équipements publics, d’ordre, de morale et enfin de citoyenneté. À la limite, on les considère comme des espaces parallèles à la ville formelle. On les regarde comme étant des espaces chaotiques.
Les jeunes de la classe moyenne qui montent à la favela par audace, par curiosité ou goût, pour participer à des bals funk, transgressent des frontières invisibles. Certains touristes s’y promènent aussi. Cependant, aucune de ces incursions ne parvient à effacer les délimitations tracées par l’inégalité sociale.
Les gens ont généralement une vision de ceux qui habitent la favela, qui ne correspond pas à la réalité. Ils croient que les habitants d’une favela sont tous des trafiquants, des bandits, des hors-la-loi.
Pour moi, tout est pareil. Peu importe si on habite dans la zone sud, dans
La constitution d’une favela est une solution communautaire créée pour résister à un modèle urbain ségrégationniste.
La vue qu’on a d’ici, personne ne l’a. Quand nos amis viennent ici ils sont époustouflés.
Sans opportunité, personne ne peut evoluer. Ici nous ne sommes pas soutenus par le gouvernement. Il n’est pas question de donner une bonne éducation à un habitant de favela.
Si on est attaqué dans une favela et qu’on va se plaindre à la police, ça ne sert à rien. La police n’intervient pas dans les affaires d’une favela. S’il faut se plaindre à quelqu’un, c’est aux trafiquants eux-mêmes.
J’ai un fils de 15 ans et à cet âge, ici dans la favela, il faut être ferme, parce que sinon il va finir par prende une mauvaise voie.
La première chose que les gens ressentent lorsqu’ils viennent ici, c’est de la peur.
Ma mère nous faisait travailler. Elle nous faisait transporter de l’eau. Je devais monter avec trois caissons d’eau, un sur la tête et deux dans les mains.
La favela, c’est la ville ! C’est la joie, la lutte, l’espoir. C’est la solution pour l’habitation et la solidarité communautaire. On y trouve chaleur humaine et un mode innovant pour survivre dans une société qui a l’un des taux d’inégalité le plus élevé du monde.
Ici, tous les week-ends, les personnes se réunissent pour boire une bière, un qui boit par ici, un autre plus loin...
Dans la zone sud de Rio, l’occupation du sol offre une vision troublante où se mêlent beauté et inégalité. Au coeur des quartiers bien lotis, des myriades de maisons amassées sur les collines forment les favelas, entre l’exubérance de la nature et les habitations opulentes d’une poignée de nantis.
Vivre dans une favela pourrait être tout aussi bon que vivre ailleurs dans la ville. Pour que ceci devienne vrai un jour, notre défi à tous est de faire comprendre que les problèmes de la favela sont aussi ceux de la ville dans laquelle elle s’est développée. Meilleure sera la favela, meilleure sera la ville.
Je considère que la politique de le ville de Rio de Janeiro est un échec. Les hommes politiques ne recherchent que le vote des électeurs. Après avoir pris le pouvoir, ils oublient ceux qui les ont élus.
a tout juste eu le temps de courir et de se cacher. Le “caveirão” (grande voiture blindée de la police, littéralement : grand crâne) est monté. La police tirait.
Là où le pouvoir public s’absente longtemps, une autre sorte de pouvoir finit par s’installer, et cela se fait rarement sous une forme pacifique.
Rio de Janeiro, c’est trop bien. Je ne partirai d’ici pour rien au monde.
Il y a ici une guerre non déclarée.
C‘est quoi une favela? Ce que je considère être une favela, ce sont toutes les zones d’habitations abandonnées par les pouvoirs et l’administration publique.
La contrebande et les commerces douteux ont mis dans la main des jeunes, majoritairement les démunis, les armes avec lesquelles ils construisent une nouvelle image d’eux-mêmes, de leur quartier, de la ville et du monde dans lequel ils vivent.
Le “favelado”, c’est l’émeutier, le bandit, la racaille qui habite un taudis et qui est pauvre; c’est l’enfant de la rue et le grossier, c’est la lie, le grand mal de la société. Personne ne fait confiance à un “favelado”. Mais quand tu vas au restaurant, la nourriture que tu manges c’est celle faite par le cuisinier “favelado”. Quand tu entres dans un bus, le chauffeur est un “favelado”. Même la maintenance des avions qui vont à Brasilia est faite par des “favelados”. Et tu ne leur fais pas confiance ? C’est bien hypocrite tout ça !
Sincèrement, mon rêve est de pouvoir partir d’ici.
Ici on ne vole pas, tout le monde vous connaît, on peut même dormir avec la porte ouverte. Tout le monde connaît tout le monde.
Je pense que la favela ne devrait pas exister. La ville du futur, une ville plus humaine, c’est tout de même une ville sans favela. Ce qui crée la favela c’est la misère, c’est le capitalisme, c’est l’homme exploité, en survie.
Les gens des favelas sont venus de tout le Brésil. Ils se sont construit une nouvelle vie. Ils ont construit une ville, une routine communautaire, une nouvelle culture.
Après les travaux d'urbanisation du programme “Favela-Bairro”, c’est devenu très bien. C’était impraticable et très sale. L’endroit a été valorisé.
Les mécanismes du développement urbain sont souvent brutaux. Les processus utilisés pour régénérer les villes à court terme ne conviennent qu’à ceux qui les promeuvent - politiciens et concepteurs - aux dépens de ceux qui doivent y vivre et y travailler.
Il devient nécessaire de définir des nouvelles formes de reconnaissance de la favela et des pratiques sociales de ceux qui y habitent. Quand nous parlons de favela, de qui parlons-nous?
Pendant les dernières années, peu de choses ont changé. Cependant les pouvoirs publics ont vraiment effectué des investissements pour urbaniser les favelas.
Cette histoire de droits... Que tous aient le droit de circuler librement dans une favela, c’est trop pour la police... Le seul droit que j’ai, c’est de ne pas me tromper. C’est de marcher droit.
Je suis convaincu que si nous, architectes, avons contribué à la destruction des villes en imposant “l’anti-ville” moderniste comme un grand pas dans l’évolution urbaine, nous pouvons aujourd’hui collaborer à la révision de ces concepts destructurants en réfléchissant à un nouvel ordre d’idées. Il faut redonner une singularité à nos villes !
Dans les favelas, les opportunités de s’en sortir tiennent au talent individuel qui se révèle particulièrement dans les domaines de la musique, de la danse ou du foot. La chance vient rarement par la voie démocratique.
Ce qui sépare les gens, ce sont les préjugés. Il y en a aussi dans les favelas.
La favela n’est pas un jardin zoologique; nous ne sommes pas des animaux ni des pauvres malheureux. Nous sommes des êtres humainset nous devons pouvoir accéder aux opportunités de la vie.
Je ne défends pas l'architecture de la favela, mais il faut comprendre que ces constructions, même précaires, expriment les nécessités et les désirs de leurs habitants. Malgré leurs misérables moyens.
Ici, tout le monde a déjà voulu être trafiquant de drogue. Ça se comprend, quand tu vois un copain de ton âge et de ta taille, avec qui tu joues au foot, avec les chaussures que tu voudrais avoir... Les organisations clandestines n’ont aucune difficulté à trouver de la main d’oeuvre.
Les escaliers étaient faits de planches, les maisons étaient en bois, le sol en terre battue. Ça s’est beaucoup amélioré! C’est la ville. C’est devenu une ville.
À cause du manque d’espace individuel, les vies se rapprochent. Une porte ou une fenêtre ne séparent pas, elles communiquent. Maison et rue se confondent.
Dans la favela on ne sait pas si on est propriétaire de sa maison ou si on va en être chassé demain.
La favela est mauvaise, mais pas tant que ça, on peut y vivre.
Ce qui manque dans les favelas, ce sont des projets. Il faut mobiliser le plus de gens possible pour participer à l’invention de solutions aux problèmes communs.
Je travaille pour pouvoir payer mes études, pour pouvoir dire un jour : “J’ai vécu dans la favela et aujourd’hui je n’y vis plus”.
C‘est très amusant de vivre ici, il y a beaucoup de choses. La balançoire, le jeu à bascule, le toboggan.
Il ne faut pas essayer d’embellir la favela par la musique ou des films qui sont faits par ceux qui vivent au bord de la mer. La favela est laide, insalubre comme le Paris du Moyen-Âge : elle pue. Il faut que la Mairie aide ses habitants, en engageant les travaux nécessaires à son assainissement, au lieu de ne compter que sur leur capacité à créer, même si elle est étonnante...
Dans le temps, dix personnes se mettaient ensemble pour monter une maison. Un jour pour l’un, un jour pour l’autre. L’avantage des communautés c’est qu’il y a une très grande solidarité. Évidemment, il n’y avait pas de projet, c’était une favela. Maintenant au moins ce n’est plus en bois.
Ce que je n’aime pas ici, dans la favela, c’est que personne ne comprend personne. Cela crée beaucoup de confusions, de bagarres et de violence.
Certains problèmes sont mondiaux.
Je trouve que la favela a une image moche, brutale.
La favela a beaucoup changé. Quand je suis venue ici, ce n’était pas comme ça, il y avait plein de cabanes faites de planches. De nos jours, il y a plus de maisons en brique. Je trouve que la vie s’est améliorée.
Dans un avenir proche, il est possible que la favela Morro da Providência fasse finalement une partie intégrante de l’important patrimoine historique et culturel de la ville.